Vendredi dernier, l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) présentait les résultats de sa dernière étude indiquant que le phénomène de la précarité énergétique avait reculé en 2017 par rapport à 2013. Qu’en est-il réellement ?

Une baisse conjoncturelle de la précarité énergétique

Les ménages en situation de précarité énergétique, au sens de l’indicateur basé sur le taux d’effort énergétique, sont les ménages qui consacrent 8% ou plus de leur budget aux dépenses d’énergie dans leur logement et appartiennent en même temps aux 30% des ménages les plus modestes. En prenant, cet indicateur, la proportion de ménage en situation de précarité énergétique aurait diminué entre 2013 et 2017, passant de 14,5% à 11,6% en France métropolitaine.

Cependant, il est intéressant de noter que les deux facteurs principaux de cette baisse sont la météo (les températures hivernales ayant été relativement douces durant l’hiver 2017) ainsi que la baisse des prix hors taxes de l’énergie. La conjonction de ces deux facteurs nous permet de dire que la précarité énergétique baisse en France. Elle baisse certes, mais en apparence !

Dans le contexte actuel, les prix de l’énergie ont connu une forte hausse : + 30% des prix pour un litre de fioul, + 0.8% des tarifs réglementés d’électricité au 1er février 2018, + 7.5% des tarifs réglementés de gaz au 1er juillet 2018… ce qui devrait se répercuter de manière négative sur le taux de précarité énergétique en France.

 

Une amélioration lente de la performance énergétique du parc existant

D’autres facteurs ont permis la baisse de la précarité énergétique entre 2013 et 2017. La consommation moyenne d’énergie par logement a diminué, contribuant pour 0,9 point au recul de l’indicateur de précarité énergétique. L’étude explique que les performances énergétiques du parc de logement s’améliorent tendanciellement avec le renouvellement du parc et les rénovations énergétique : « c’est probablement ce qui explique en premier lieu cette baisse de la consommation ». Cependant, si la consommation moyenne d’énergie baisse, ce n’est peut-être pas seulement du fait que les gens rénovent leur logement, c’est peut-être (et surtout) parce qu’ils s’abstiennent de chauffer leur logement.

Ainsi, on peut regretter que la rénovation énergétique, facteur essentiel pour sortir les ménages de la précarité énergétique, soit sous-représentée dans cette étude. Cela démontre, une nouvelle fois qu’il faut accélérer la lutte contre les passoires thermiques détenues par les ménages modestes.

 

Deux nouveux indicateurs de mesures de la précarité énergétique

Les travaux historiques de l’ONPE s’appuient sur les données de l’enquête nationale logement. La précédente enquête datait de 2006, et la prochaine est prévue pour 2020. Pour faire face à cette problématique, l’ONPE a décidé de suivre annuellement l’évolution de la précarité énergétique avec deux nouveux indicatuers : Le taux d’effort énergétique ainsi que le baromètre info-énergie du médiateur national de l’énergie.

Sur le taux d’effort énergétique, l’ONPE a abaissé à 8% (contre 10% auparavant) le seuil au-dessus duquel la part des dépenses du ménage est considéré comme critique. Importé du Royaume-Uni au début des années 2010, ce taux n’avait en effet jamais été adapté à la situation française. Les travaux de l’ONPE depuis le début des années 2000 ont abouti à fixer désormais ce seuil absolu à 8%.

Par ailleurs, l’ONPE  intègre désormais un nouvel indicateur : le baromètre info-énergie du médatieur de l’énergie. La dernière enquête stipulait que 30% des ménages français ont restreint leur consommation de chauffage cette année pour réduire leurs dépenses énergétiques. Si cet indicateur a le mérité d’être publié annuellement, il porte sur un échantillon trop restreint, de 1500 ménages, sans prendre en compte le revenus de ces derniers. Cette étude ne permet donc pas de parler de la « grande » précarité énergétique concernant les ménages les plus modestes (1er décile de revenus).

En tout état de cause, le Président de la République doit présenter demain la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie, il est à espérer que de nouvelles mesures pour faire face à la précarité énergétique seront présentes dans le texte.