Rénovation énergétique : La rentabilité à tout prix ?

 

La dernière évaluation des progrès accomplis par les Etats membres sur la réalisation des objectifs d’efficacité énergétique montre que l’objectif que l’UE s’est fixé pour 2020, à savoir la baisse de 20% de la consommation d’énergie primaire de l’Union, ne sera sans doute pas atteint. 

 

La consommation d’énergie de l’UE étant repartie à la hausse depuis 2014. Face à cela, la Cour des Comptes Européenne a décidé d’étudier les programmes d’efficacité énergétique financés par l’UE dans cinq états membres, en arrivant au constant général, que le coût-efficacité de ces programmes n’étaient pas au rendez-vous. Explications.

Des projets efficaces mais aux coûts parfois élevés

Dans les cinq pays analysés par la Cour des Comptes Européenne (Bulgarie, Tchéquie, Italie, Lituanie, Irlande), du fait des exigences minimales en matière d’efficacité énergétique après travaux, les projets réalisés sont ambitieux (entre 20 à 40% d’économie d’énergie après travaux).

 

Toutefois, l’absence de plafonnement du coût par unité d’énergie économisée génère un « risque que soient financés des projets permettant de réaliser peut d’économie d’énergie par rapport à leur coût ». Le problème principal souligné par le rapport étant que les économies financières générées sur les factures d’énergie par les différemment projets ne suffisent pas à récupérer l’investissement initial sur l’ensemble de la durée de vie des matériaux utilisés (30 ans en moyenne).

Un ratio « coût/efficacité » à relativiser

Si la Cour des Comptes Européennes s’est intéressée à 5 pays européens, elle aurait dû se tourner vers la France pour étudier le dispositif des certificats d’économies d’énergie, premier levier de financement de la rénovation énergétique. L’efficacité économique est le fondement même de ce dispositif.

 

Les fournisseurs d’énergie et de carburants « obligés » sont incités à aller chercher les économies d’énergie là où elles sont les plus importantes possibles pour un coût le plus faible possible. Ce mécanisme est donc bien opposé à la logique de « subvention » critiquée dans le rapport de la Cour des Comptes, qui dissocie trop souvent les coûts financiers de leurs finalités.

 

Cette conclusion est également celle partagée par le CIRED, dans un rapport d’évaluation des politiques d’efficacité énergétique en France : « Les certificats d’économies d’énergie ont le rapport coût/efficacité le plus élevé. A court terme, le rapport coût efficacité en énergie conventionnelle s’établit, par ordre d’efficience décroissant, à 0.05€/kWh cumac pour les CEE et l’EPTZ, 0.07€/kWh cumac pour le CITE et 0.09€/kWh cumac pour la taxe carbone ».

La nécessité de cibler les investissements

Le rapport de la Cour des Comptes Européennes insiste par ailleurs sur la nécessite du ciblage des investissements au lieu du principe du « premier arrivé, premier servi » prévalant dans les 5 pays européens étudiés. Si la France a connu plusieurs « stop and go » budgétaires dû à la popularité croissante de certains dispositifs d’aides à la rénovation énergétique, la critique du ciblage des investissements ne peut lui être faite.

 

Prenons deux exemples : « Le Coup de Pouce chauffage » et « MaPrimeRénov » :

 

  • Le premier dispositif mis en place fait suite à l’annonce du Gouvernement fin 2018, d’éradiquer le chauffage au fioul individuel d’ici 10 ans. Ce dispositif de soutien permet donc de favoriser l’installation de système de chauffage utilisant des énergies renouvelables chez l’ensemble des ménages français en associant économie d’énergie et économie de carbone. A ce jour, on estime que les travaux engagés permettront aux ménages concernés d’économiser chaque année 220 M€ sur leurs factures énergétiques et d’éviter chaque année l’émission de 1 MtCO2.

 

  • Le second dispositif mis en place depuis janvier 2020, vise à cibler les français n’ont pas en fonction de leurs équipements de chauffage mais en fonction de leurs revenus. En effet, ce nouveau mécanisme prévoit une aide à la rénovation énergétique proportionnelle aux revenus des ménages. Pour un même type de travaux, « MaPrimeRénov » prévoit 4 types de subventions. Pour l’installation d’une chaudière à granulés bois, la subvention peut aller de 10000€ à … 0€ pour les ménages les plus aisés.

 

On le voit donc les aides sont aujourd’hui ciblées pour permettre d’aider les ménages modestes à passer à l’acte tout en s’assurant une trajectoire en conformité avec nos objectifs climatiques. La France répond donc désormais aux recommandations de la Cour des Comptes Européennes.

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