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« Le désembouage, c’est permettre à l’installation de générer de la performance et donc des économies d’énergie », Cyril Radici

Par Rose Colombel

Publié le 24/10/2022 à 14h52, mis à jour le 26/10/2022 à 11h28

[Interview] Une fiche CEE spécifique au « désembouage » vient d’être créée à l’initiative du Synasav et du Syprodeau. S’il reste encore méconnu des particuliers, cet acte se veut « essentiel » pour maintenir une bonne qualité de l’eau du réseau et donc les performances d’une installation de chauffage. Nous revenons sur la genèse du projet avec Cyril Radici, directeur général du Synasav.

En septembre dernier, le Syndicat national de la maintenance et des services en efficacité énergétique (Synasav), présentait ses propositions en matière de sobriété énergétique. Parmi les actions à mener, l’entretien des chaudières « non-entretenues ».

 

En effet, si l'on se base sur une étude BVA-Synasav réalisée en 2015, 20% du parc de chaudières, soit 3 millions d’unités, ne seraient pas entretenues chaque année. Or, « quand on réalise l’entretien de son équipement, c’est 8% à 12% d’économies d’énergie », nous explique Cyril Radici.

 

Au-delà de l’entretien annuel des systèmes de chauffage, le Synasav soulignait également la nécessité de finaliser la fiche CEE « Désembouage ». C’est désormais chose faite.

Pourquoi un CEE « Désembouage » ?

« Une panne sur trois est liée à une mauvaise qualité de l’eau », révèle Cyril Radici.
« Quand nous avons préparé le dossier et travaillé avec l’ATEE et la DGEC, l’idée était d’apporter des éléments de preuve. Nous avons donc réalisé toute une étude avec des caméras thermiques pour mesurer l’embouage et nous avons fait des tests en laboratoire pour montrer que le pouvoir caloporteur de cette boue, impactait les performances du logement », poursuit-il.

 

Cyril Radici - Synasav

Cyril Radici, Directeur général ©Synasav

 

Cette campagne de mesures a compté sur la pleine mobilisation des adhérents du Synasav (800 entreprises). Elle a démontré que 40,4% des installations de boucle à eau chaude individuelles en France étaient embouées.

 

« L’installation n’a parfois que deux / trois ans et elle est déjà embouée. Pourquoi ? Parce qu’au moment où on a remplacé la solution, on n’a pas réalisé de désembouage. C’est comme si on achetait un véhicule neuf et qu’on prenait l’huile de l’ancien moteur ».

Installation embouée, quelles conséquences ?

Selon les modélisations mathématiques réalisées, l’embouage c’est :

 

  • 17% de surconsommation pour une installation équipée d’une chaudière
  • 27% pour celle équipée d’une pompe à chaleur

 

Boue Radiateur

 

💡 Pourquoi l’impact est-il plus important dans le cas d’une PAC ?

 

« La technologie de la pompe à chaleur est beaucoup plus capricieuse. Comme les niveaux de température de l’eau vont être plus élevés, des micro-organismes se créent de manière accélérée. Les sections des tuyaux sont quant à elles plus petites. Quand l’embouage se forme, il est tout de suite plus néfaste à l’installation. Les matériaux jouent également. Les installations en cuivre, en PER, monocouche et autres, ont toutes un niveau de perméabilité à l’air qui est différent. D’une configuration à une autre, l’embouement peut vraiment bouger ».

Vers un coup de pouce « désembouage » ?

Si la création de la fiche CEE « Désembouage » est une bonne nouvelle, le Synasav juge le montant de l’aide insuffisant. « L’aide a été calibrée autour des trois zones climatiques et oscille entre 20€ et 50€. Au Synasav, nous travaillons sur un coup de pouce pour essayer d’arriver à avoir 150€ d’incitation financière pour une prestation qui en vaut 600€ environ », nous dévoile Cyril Radici.

 

« Il faut que nous arrivions à aller chercher des aides qui vont permettre au client consommateur d’engager cette action de désembouage », ajoute-t-il.

Une nouvelle qualification pour accélérer le passage à l’acte

Pour faire bénéficier ses clients de la prime CEE, le professionnel doit être titulaire de la mention RGE. Pour simplifier les démarches, le Synasav prépare une qualification QUALISAV dédiée au désembouage. Elle existe déjà sur la chaudière, la PAC et la qualité de l’air intérieur. Elle permettra aux entreprises non-RGE de réaliser l’opération tout en étant conforme à la réglementation CEE.

 

« Le désembouage, c’est permettre à l’installation de générer de la performance et donc des économies d’énergie », insiste le directeur général du Synasav. « Si l’on veut être acteurs de la décarbonation, faisons en sorte de maintenir la performance de l’équipement en place et de le faire durer ».

Une bonne qualité de l’eau pour toutes les installations

Ce n’est pas la première fois que le Synasav agit en faveur de la qualité de l’eau des installations. « Déjà, en 2020, nous avons intégré, dans l’obligation d’entretien des chaudières, le test de turbidité de l’eau ».

 

Le syndicat souhaite aujourd’hui rendre obligatoire l’entretien des PAC « de manière annuelle, à l’image des chaudières. Lorsqu’on rend visite à un équipement tous les deux ans, c’est déjà trop tard ». Avec un entretien annuel, « on peut déjà détecter les anomalies silencieuses et les corriger ».

Quels chantiers pour demain ?

« Nous avons un métier d’avenir qui se transforme. Demain, il faut que l’on soit les « super conseillers » des clients particuliers », déclare Cyril Radici.

 

Le Synasav va poursuivre ses travaux pour repenser les diplômes. « Nous avons travaillé sur le BAC Pro TM SEC que l’on a transformé en BAC pro Maintenance et Efficacité énergétique dans lequel nous avons intégré cette notion de thermodynamique. Nous allons maintenant nous attaquer au BTS ».

 

Autre chantier, rendre obligatoire l’entretien des systèmes de ventilation dans les logements individuels. « Il y a aussi un enjeu sur les adoucisseurs (…) et tout ce qui tourne autour des énergies renouvelables, notamment la biomasse ».

 

Le Synasav prône également la continuité. Le syndicat va poursuivre ses observations du terrain. « Ces retours sont importants pour faire avancer la filière ». Il y a par exemple « un besoin de continuer à qualifier les professionnels et qu’il y ait des qualifications qui collent à leurs métiers. Le Synasav va s’y atteler ».

 

Cyril Radici rappelle enfin que le Synasav est membre du CSCEE. Cette instance permet à la filière de porter des messages et d’intégrer, à chaque nouveau texte, « l’entretien, la maintenance, les équipements ».

 

Vous souhaitez consulter l'arrêté créant la fiche CEE « Désembouage d’un réseau hydraulique individuel de chauffage en France métropolitaine » ? Il est disponible ici. Il définit les conditions à remplir pour se voir délivrer les certificats d'économies d'énergie à savoir : les étapes d'un désembouage, les informations à indiquer dans l'attestation sur l'honneur ou encore les montants de certificats en kWh cumac. A noter que le Synasav a d'ores et déjà élaboré un modèle d'attestation. 

Rose Colombel

Journaliste - Responsable de contenus B2B pour Effy

Journaliste passionnée par le secteur du bâtiment, je vais à la rencontre des professionnels depuis sept ans. Valoriser votre secteur et ses métiers est un effort collectif, celui de toute une filière. C'est avec enthousiasme et humilité que je vous donne la parole et vous informe sur l’actualité.

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