Plan d’électrification des usages : la meilleure réponse à la crise de l’énergie ?
Près d’un mois après l’éclatement de la guerre au Moyen-Orient, le risque d’une hyperinflation des prix de l’énergie est au centre du débat public. Hasard du calendrier, l’augmentation du prix des énergies fossiles pourrait servir de « rampe de lancement » au futur plan d’électrification des usages en renforçant l’intérêt économique de passer à l’électricité. Décryptage.
Où en est-on (réellement) sur les prix de l’énergie ?
Le ministre de l’Economie Roland Lescure et sa nouvelle ministre chargée de l’Energie Maud Bregeon auront sûrement l’occasion de faire un point de situation demain lors de leur audition à l’Assemblée nationale. Sans n’attendre cette audition, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) est déjà sorti du bois la semaine dernière s’agissant du gaz. Si les prix de gros du gaz ont doublé depuis le début du conflit, sa présidente Emmanuelle Wargon a tenu a rassuré les ménages en annonçant, la semaine dernière, que les premiers effets ne devraient se faire ressentir qu’à partir du 1er mai, avec une hausse de 15% environ du prix du kWh. Et ce "uniquement" pour les ménages qui ne disposent pas d’offres à prix fixe, soit 60% des ménages. Un impact sur les factures décalé considérant que le prix repère mensuel du gaz est calculé sur la base des références de marché à M-2.
A court terme l’impact sera limité pour les particuliers puisque 2/3 de leur consommation de gaz est lié au chauffage. Mais à moyen terme, c’est l’éventuel enlisement du conflit, notamment si la situation perdure jusqu’à l’hiver, qui pourrait faire gonfler les prix. Pour l’heure, il s’agit surtout de reconstituer les stocks de gaz alors que la fin de l’hiver approche. Le commissaire européen à l’énergie et au logement, Dan Jørgensen a demandé aux Etats membres de commencer dès maintenant à remplir leurs stocks de gaz, pour éviter un effet boule de neiges sur les marchés qui serait lié à une ruée estivale (i.e. lorsque les Etats reconstituent leurs stocks juste avant l’automne). En ce sens, l’UE vient d’autoriser les Etats à ne remplir qu’à 80% leurs réserves d’ici le 1er décembre, au lieu des 90% obligatoires, justement pour limiter l’augmentation des prix.
Le fioul n’est pas sans reste puisque depuis le début de la crise fin février les prix du litre du fioul ont enregistré une hausse de 53% (i.e. prix constaté au 23 mars 2026). Avec, comme pour les carburants, une répercussion directe pour les consommateurs qui souhaiteraient remplir leur cuve en ce moment-même bien que la fin de l’hiver offre du répit aux ménages se chauffant au fioul. Pour autant, si les prix du fioul se maintenaient à ce niveau dans les prochains mois l’intérêt de passer à la PAC serait renforcé pour ces ménages en réduisant de moitié la durée d’amortissement de leur pompe à chaleur d’après les simulations d’Effy.
Côté électricité, la présidente de la CRE a affirmé que « dans la configuration actuelle », il ne devrait pas y avoir de contagion des prix du gaz sur ceux de l’électricité, la France produisant suffisamment d’électricité décarbonée pour ne pas avoir à recourir aux fossiles, contrairement à 2022. Toutefois, sans rendre davantage désirable l’électricité (et l’électrification), difficile d’opérer un changement de paradigme. C’est pourquoi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé en marge du sommet européen du 19 mars la publication prochaine d’une initiative législative visant à abaisser les taxes sur l’électricité. Si la mesure a, a priori, peu de chance d’être adoptée compte tenu de la règle de l’unanimité sur les questions fiscales, elle a le mérite de mettre en lumière l’intérêt de privilégier l’électricité aux énergies fossiles. Rappelons que la France a eu l’occasion d’aller en ce sens lors de l’examen du dernier PLF en réduisant l’accise sur l’électricité, avant de faire machine arrière.
Face à la crise, un plan d’électrification des usages qui tombe à point nommé ?
Dans ce contexte le Gouvernement avance sur l’ébauche de son plan d’électrification des usages. Un plan qui tombe à point nommé puisqu’il contribuera à sortir de la dépendance aux énergies fossiles tout en améliorant le pouvoir d’achat des Français grâce au passage à l’électrique. Alors que l’ensemble des groupes de travail a désormais fait remonter ses pistes de propositions, celles-ci doivent désormais être concertées avant un arbitrage final devant être rendu par Matignon à la mi-avril. La présentation du plan d’électrification est attendue dans les semaines qui suivront. Si ses contours restent encore flous, le Gouvernement entend privilégier la voie réglementaire pour une mise en œuvre rapide. Le dispositif CEE semble tout trouvé pour financer d’éventuelles nouvelles mesures, en dehors de la séquence budgétaire.
A priori, l’électrification des véhicules et le déploiement des PAC seront les grands emblèmes de ce futur plan pour les particuliers. C’est notamment ce qu’avait mis en avant Monique Barbut, ministre de la transition écologique, lors de la première réunion du GT bâtiment, rappelant que la PAC était « la solution la plus performante pour se chauffer ». Pour ce faire, l’exécutif envisagerait un mécanisme de lissage du reste-à-charge, une montée en compétences sur la réparation et la maintenance ou encore en priorisant les aides à l’installation de PAC lorsqu’elles viennent remplacer un chauffage fossile. Un message bien reçu par la plupart des acteurs, à commencer par l’Union Française de l’Electricité (UFE) qui propose notamment de lier et bonifier dans le temps les aides à l’électrification afin d’engager des projets globaux ou encore de lancer un groupe de travail sur la création d’un leasing social pour les PAC. Réponse dans les prochaines semaines.








