MaPrimeRénov’ : dernière ligne droite avant réouverture

Alors que MaPrimeRénov’ doit rouvrir une fois la loi de finances promulguée, le mystère reste entier sur la décomposition du budget de 3,6 milliards alloués au dispositif en 2026. D’ici à cette promulgation l’ANAH s’organise et prépare les modalités techniques de réouverture : territorialisation des MAR, passage obligatoire par France Rénov’ avant de déposer un dossier rénovation d’ampleur… Décryptage.

La recette secrète du budget 2026 de MaPrimeRénov’

« Circulez il n’y a rien à voir » : c’est un peu ce qui ressort quand on s’intéresse de près à la composition du budget 2026 du dispositif MaPrimeRénov’. Et pour cause : si le Gouvernement affiche un montant global de 3,6 milliards d’euros en 2026, stable par rapport à 2025 annonce le Gouvernement, le détail de ce budget est un mystère. Car contrairement à d’autres dispositifs d’aides, le budget de MaPrimeRénov’ est un véritable Mondrian des sources de financement. Après avoir épluché documents budgétaires et informations révélées par voie de presse, voici l’atterrissage d’Effy :
 

  • Entre 1,4 et 1,5 milliard d’euros en autorisation d’engagements (AE) au titre du programme 135 Urbanisme, territoires et amélioration de l’habitat. Ce montant reste une estimation basée sur la proportion du dispositif MaPrimeRénov’ au sein du programme 135, doté au total de 1,84 milliard d’euros en AE.
     
  • Au moins 1 milliard d’euros via les recettes issues des ventes de CEE valorisés par l’ANAH dans le cadre du parcours accompagné, dont 2/3 environ provient des CEE précarité. Un montant en hausse de 500 millions d’euros par rapport à 2025 indique le Gouvernement, pour compenser la baisse prévue dans le budget de l’Etat. Cette fourchette de recettes CEE reste toutefois variable car dépendante du cours des CEE. 
     
  • 600 millions d’euros via les recettes issues de la mise aux enchères des quotas carbone. Pour rappel depuis 2022 une partie de ces recettes sont directement affectées à MaPrimeRénov’. Notons au passage que la copie initiale du Gouvernement prévoyait une affectation initiale de 700 millions d’euros, finalement réduite à l’issue du 49.3 « au vu du niveau de trésorerie de [l’ANAH] » précise l’amendement
     
  • Enfin, la trésorerie de l’ANAH semblerait supporter le reste du budget de MaPrimeRénov’. Une hypothèse restant à confirmer faut de confirmation côté ministère du Logement. Seule information : cette trésorerie serait supérieure au niveau initialement envisagée à en croire le Gouvernement (cf amendement susvisé), potentiellement grâce aux reports de crédits de 2025.

Miser sur le local pour le parcours accompagné : le pari risqué de l’ANAH

En 2026 l’ANAH entend renforcer la dimension locale du parcours accompagné de MaPrimeRénov’ via deux piliers. Premièrement en rendant obligatoire pour les projets de rénovation d’ampleur un rendez-vous obligatoire avec un Espace Conseil France Rénov’ (ECFR) avant le dépôt de son dossier. Une nouvelle étape obligatoire présentée comme un moyen de « sécuriser les parcours et garantir la qualité des rénovations financées » mais qui pose des questions de conflits d’intérêts. Et pour cause : parmi les plus de 600 ECFR répartis sur le territoire, de nombreux sont également agréés Mon Accompagnateur Rénov’ (MAR).

Dès lors il faut s’interroger : quelles seront les mesures prises par l’ANAH pour que ces espaces – agréés par elle, financées à 50% sur son budget et désormais étapes obligatoires du parcours accompagné – ne soient pas juges et parties en privilégiant la validation des dossiers auto-accompagnés, au détriment des dossiers d'autres MAR.

La dimension locale de MaPrimeRénov’ sera également renforcée par la territorialisation des MAR en 2026. Si fin 2025 le Gouvernement avait déjà annoncé qu’à compter du 1er juillet prochain le périmètre d’intervention des MAR deviendra territorial et non plus national, un arrêté publié la semaine dernière est venu en préciser les modalités . Pour être autorisé à intervenir dans tel ou tel territoire, le MAR devra désormais disposer a minima pour chaque territoire d'intervention d'un établissement déclaré au registre national des entreprises dans la région ou dans un département limitrophe dudit territoire d'intervention. S’il souhaite étendre son périmètre, le MAR ne pourra en solliciter la demande à l’ANAH qu’une fois par an.

Au travers ces deux mesures, l’ANAH entend favoriser la dimension locale de la rénovation d’ampleur, au risque de jeter le discrédit sur l’ensemble des MAR dits nationaux et de rallonger le parcours de rénovation avec un nouvel interlocuteur obligatoire. Un pari risqué pour un parcours dont les délais sont déjà particulièrement allongés.

Victor Breheret

Responsable des Affaires Publiques chez Effy

Chaque semaine je décrypte à chaud l'activité législative au Parlement, les évolutions réglementaires d'aujourd'hui et de demain mais aussi les tendances politiques autour de la rénovation énergétique et l'autoconsommation solaire résidentielle.

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