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[Interview] Pénurie de matériaux : Lorraine Chauffage se réinvente face à la crise

Par Rose Colombel

Publié le 06/01/2022 à 09h30, mis à jour le 22/07/2022 à 13h43

La pénurie de matériaux perturbe de nombreux secteurs professionnels. Les entreprises du bâtiment et de la performance énergétique n’y échappent pas. Comment font-elles face à la situation ? Nous avons échangé avec Sébastien Boulanger, Président de la SAS Lorraine Chauffage et Partenaire Effy. Créée en 2018, l’entreprise de chauffage basée à Vaux, près de Metz, installe 6 à 8 PAC chaque mois. Comment gère-t-elle la pénurie ? Témoignage et retour d’expérience.

La pénurie de matériaux a-t-elle un impact sur votre activité ?

 

Sébastien Boulanger Lorraine Chauffage

Sébastien Boulanger : Oui, de façon très concrète ! Nous n’arrivons plus à nous fournir en chaudières gaz et condensation. Les fabricants manquent de micro-composants et de circulateurs. Ils nous livrent donc au compte-goutte, au fil de l’arrivée des pièces. Et tous les fournisseurs sont concernés.

 

Chez nous, certaines commandes passées en juin/juillet n’ont toujours pas été reçues. Et nous n’avons pas de date de livraison. Résultat : nous sommes obligés de modifier nos plannings et décaler les chantiers en conséquence. Nous n’avons jamais connu une telle situation ! Lorsque des chaudières vétustes tombent en panne, nous ne pouvons pas garantir à nos clients de pouvoir la remplacer, au risque de les laisser sans eau chaude et sans chauffage.

 

Comment Lorraine Chauffage fait face à cette pénurie ?

 

S.B. : Nous avons fait le choix d’anticiper les achats pour avoir du matériel d’avance. Nous stockons en partie dans l’entreprise, et négocions avec les fabricants pour un stockage chez eux. Le plus souvent possible, nous essayons de nous faire livrer directement sur les chantiers.

 

Cette solution est toutefois insuffisante. Je vous donne un exemple : j’ai récemment commandé chez un fabricant les 5 dernières chaudières murales disponibles. Mais je sais déjà que ça ne couvrira que 5 jours de travail !

 

De plus, c’est une stratégie qui coûte cher. Sur un chiffre d’affaires de 600 000 €, nous avons dépensé plus de 200 000 € en achats pour avoir du stock. Les besoins en fonds de roulement de l’entreprise sont donc relativement importants, alors que nous avons perdu 2 mois de travail durant la crise sanitaire. De ce fait, certaines entreprises risquent de connaître des difficultés financières.

 

Et par-dessus le marché, nous subissons des augmentations jamais observées jusqu’à maintenant. En octobre, les PAC ont subi une hausse des prix de 5 à 10 points. Heureusement pour nous, l’activité a été bonne cette année. Mais nous n’avons pas de visibilité à long terme. Nous arrivons encore à maintenir nos tarifs, mais pour combien de temps ?

 

Comment gérez-vous la situation avec les clients ?

 

S.B. : Nous leur disons tout simplement la vérité ! Cette pénurie de matières premières impacte tout le monde, et la plupart des clients le comprennent. Comme nous avons quelques stocks, nous pouvons le plus souvent répondre à la demande. Selon le projet, nous indiquons au client quels matériels pourraient convenir à la situation, et ce que nous avons en stock. Soit il accepte d’installer ce que nous avons, soit il lui faudra attendre, et peut-être longtemps ! Les clients doivent donc se décider rapidement.

 

Le plus contraignant est de devoir gérer en permanence les reports de chantier à cause des difficultés d’approvisionnement. Si une chaudière arrive en retard, le chantier concerné doit être décalé. Ce qui impacte l’ensemble du planning. Les chantiers pour lesquels nous avons le matériel sont également concernés. La solution que nous avons trouvée est de communiquer des dates d’intervention approximatives qui nous permettent d’avoir une légère marge de manœuvre.

 

Que pouvez-vous conseiller aux artisans confrontés à ce problème de pénurie ?

 

S.B. : Pour nous, la priorité porte actuellement sur les stocks de marchandises. Les investissements en matière d’outillage et de matériel ont été remis à plus tard, histoire de rassurer la banque. Chez Lorraine Chauffage, nous avons par exemple retardé le remplacement d’un camion. La prudence et une bonne gestion de l’entreprise s’imposent en ce moment !

 

Par ailleurs, il nous semble important d’anticiper au mieux les besoins en matériel. En ce qui nous concerne, nous savons que nous installons 6 à 8 PAC par mois. Sur cette base, nous devons être capables d’analyser notre marché afin de pouvoir orienter les achats sur des PAC de différentes puissances, marques…

 

Chez Lorraine Chauffage, nous avons également fait le pari de la diversification en suivant une formation pour être agréés à l’installation de bornes de recharge électrique pour les voitures. Il y a une large part d’électricité dans les PAC : nous avions donc les compétences. Attention toutefois à ne pas trop se diversifier : chacun son métier ! De plus, cette activité est aussi dépendante des micro-composants électroniques. C’est un pari sur l’avenir. Advienne que pourra !

 

Une dernière piste : pour nous, à Lorraine Chauffage, nous pensons qu’une des solutions pour faire face à la pénurie de matériaux est de pouvoir se regrouper pour avoir plus de poids. C’est aussi ce que prône la CAPEB, qui joue son rôle en essayant de faire bouger les lignes politiquement.

Rose Colombel

Journaliste pour Effy

Journaliste passionnée par le secteur du bâtiment, je vais à la rencontre des professionnels depuis près de sept ans. Convaincue que valoriser votre secteur et ses métiers est un effort collectif, celui de toute une filière, je vous donne la parole et vous informe sur l’actualité avec enthousiasme et humilité.

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