Les pompes à chaleur face au défi de la flexibilité électrique
Dans un contexte d'électrification des usages, les pompes à chaleur sont amenées à fortement accélérer leur développement. Au-delà de leur capacité à décarboner le chauffage et à réduire les consommations d'énergie, leur déploiement à grande échelle pose la question de la flexibilité électrique. Le pilotage des équipements apparaît comme l'une des pistes privilégiées par la filière. Nous faisons le point.
Le Plan d’électrification présenté, en avril dernier, par le Gouvernement vise à sortir progressivement des énergies fossiles, à électrifier les usages et à réindustrialiser la France. À travers 22 mesures, l’ambition est de porter la part de l’électricité dans la consommation finale énergétique à 38 % en 2035 contre 27 %, actuellement.
Concernant le secteur du bâtiment, l’objectif n’est ni plus ni moins d’accélérer le rythme d’installation de pompes à chaleur, aujourd’hui jugé « trop faible », pour atteindre un million de PAC par an, d’ici à 2030.

Capture d’écran, allocution de Sébastien Lecornu, Premier ministre, chargé de la Planification écologique et énergétique
Pour relever ce défi, la filière française accélère sa structuration. Pour rappel, selon les chiffres d’Uniclima, près de 180 000 pompes à chaleur air-eau ont été installées en 2025.
« Les objectifs fixés sont clairs : atteindre en moyenne 850 000 installations (ndlr : supplémentaires) par an d’ici 2030, pour porter le parc à 8,8 millions de pompes à chaleur dans le résidentiel », souligne François Deroche, Président de l’Association française pour les pompes à chaleur (AFPAC), dans un plan d’action dévoilé il y a peu.
Il précise que les professionnels sont pleinement mobilisés pour « accélérer le déploiement des pompes à chaleur sur tout le territoire ». En ce sens, l’AFPAC a lancé officiellement le CEPAC (Centre d’expertise PAC) le 20 mai dernier, à l’occasion de la Journée dédiée à la pompe à chaleur, et s’appuiera sur le consortium CAP PAC 2030 afin de coordonner son action.
La filière veut faire des PAC des alliées du réseau électrique
Si les fabricants de pompes à chaleur s’accordent à dire que la massification est à portée de main, la question de leur contribution à la stabilité du réseau électrique demeure.
Plusieurs organisations européennes estiment que le sujet ne peut plus être dissocié de celui de la flexibilité électrique, qui consiste à mieux répartir les consommations dans le temps afin de limiter les tensions sur le réseau lors des pics de demande.
Dans une lettre adressée à la Commission européenne, l’European Heat Pump Association (EHPA), smartEn et E-Mobility Europe rappellent que 26 millions de pompes à chaleur et 45 millions de chauffe-eau électriques sont déjà installés sur le continent, mais que seule une partie de cette capacité est aujourd’hui utilisée de manière flexible.
Pour ces instances, sans un pilotage de la demande en énergie, l’électrification des usages pourrait accentuer les congestions sur le réseau, augmenter les coûts du système électrique et soulever des enjeux de sécurité d’approvisionnement.
Même son de cloche du côté de Voltalis, en France. Le spécialiste des thermostats connectés indique que le million de PAC par an ajouterait 8 GW sur la pointe de consommation nationale en hiver d’ici à 2030, soit une hausse de près de 10 % par rapport à aujourd’hui. Ainsi, Mathieu Bineau, Directeur général de Voltalis, appelle ainsi à « faire de ces millions de pompes à chaleur et de véhicules électriques des alliés du réseau, plutôt que de préparer la prochaine crise électrique ».
Les consommateurs plus réceptifs au pilotage des usages électriques
Du côté des consommateurs, la prise de conscience semble bien là. L’édition 2026 du Baromètre de la flexibilité de la consommation RTE (Gestionnaire du réseau de transport d'électricité) dévoile que les Français comprennent de plus en plus les enjeux liés au réseau électrique. 70 % des interrogés se disent ainsi prêts à décaler leurs consommations (chauffage, eau chaude) en fonction des prix, si leur confort est préservé.
Selon RTE, le pilotage du chauffage résidentiel permettrait de réduire instantanément l'appel de puissance au réseau d'environ 1,5 à 2 kW par logement équipé. De quoi alimenter les réflexions autour d'une meilleure prise en compte de la flexibilité dans les dispositifs de soutien aux pompes à chaleur. L'Union Française de l'Électricité (UFE) préconise notamment d'intégrer le pilotage à MaPrimeRénov' (MPR) et de créer un « chèque équipement » afin d'encourager son déploiement.
Des industriels déjà en ordre de marche
Les fabricants de pompes à chaleur travaillent depuis plusieurs années sur ces enjeux de pilotage et de connectivité. L’objectif, mieux coordonner les équipements du logement, valoriser l'électricité produite sur place ou encore optimiser le fonctionnement des installations. De quoi renforcer plus encore le rôle de la PAC dans la décarbonation du chauffage, la maîtrise des consommations, et demain, l’équilibre du réseau électrique.







