La Précarité énergétique : un mal persistant

 

 

La Fondation Abbé Pierre a présenté, le 31 janvier dernier, son 25ème Rapport sur l’Etat du Mal Logement en France. Ce rapport met en avant la persistance de situation de précarité énergétique chez un grand nombre de ménages Français. A bien des égards, pour les classes populaires et moyennes, la situation tend à stagner voir à s’aggraver dans certains cas. De plus en plus de Français doivent faire des arbitrages : se chauffer au risque d’impayés ou ne plus se chauffer et subir les conséquences sanitaires du froid sur leur santé.

 

Rapport fondation abbé pierre

Les chiffres de la Précarité énergétique en France

Les ménages en situation de précarité énergétique, au sens de l’indicateur basé sur le taux d’effort énergétique, sont les ménages qui consacrent 8% ou plus de leur budget aux dépenses d’énergie dans leur logement et appartiennent en même temps aux 30% des ménages les plus modestes. En prenant cet indicateur, l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), indique qu’en 2018 3.4 millions de ménages étaient en situation de précarité énergétique, soit 6.7 millions d’individus. Cet indicateur augmente en 2018 alors qu’il baissait depuis 2 ans.

 

En 2018, 3,4 millions de ménages étaient en situation de précarité énergétique, soit 6,7 millions d'individus 

 

Au-delà de l’approche de l’ONPE, il est nécessaire de s’intéresser au Baromètre Energie Info du Médiateur national de l’énergie. En 2019, 15% des 1300 répondants déclaraient avoir souffert du froid au cours de l’hiver, à cause notamment de la mauvaise isolation thermique de leur logement. De même, 1/3 des ménages ont restreints de chauffer leur logement pour ne pas avoir de factures trop élevées.

Pour rappel, la loi de transition énergétique avait imposé un objectif de baisse de la précarité énergétique de 15% d’ici 2020. Si cet objectif ne sera pas atteint, le constat est d’autant plus préoccupant que l’évolution des chiffres de la précarité énergétique montre que nous sommes dans une tendance haussière.

 

 

La nécessité d’accélérer la rénovation énergétique des bâtiments

Pour lutter contre la précarité énergétique, la rénovation énergétique des logements est la solution. Cependant, au-delà d’avoir une approche purement comptable et budgétaire de cette politique publique, il est nécessaire d’avoir une action coordonnée à 3 niveaux :

 

L’Identification des ménages en situation de précarité énergétique est un premier axe de lutte essentiel ; Ces ménages sont isolés et ne connaissent bien souvent pas l’ensemble des possibilités offertes pour améliorer leur condition de vie. A ce titre, il pourrait être intéressant de prendre contact avec les bénéficiaires du chèque énergie. Le chèque énergie est un dispositif qui vise à aider les consommateurs vulnérables à payer leur facture, quel que soit leur mode de chauffage. Une prise de contact avec ces bénéficiaires pourrait permettre de les engager dans un parcours de rénovation énergétique – qu’il soit propriétaire ou locataire – et de les sortir durablement de la précarité énergétique.

 

L’obligation de rénovation énergétique est également un élément essentiel pour lutter contre la précarité énergétique. La loi énergie climat du 8 novembre 2019 a mis en place un arsenal juridique pour favoriser la rénovation d’un grand nombre de logement mis en location. Ainsi, dès le 1er janvier 2023, les logements extrêmement consommateurs d’énergie (au-delà de la classe G) seront qualifiés de « logement indécents » contraignant ainsi les propriétaires à engager des travaux de rénovation énergétique sous risque de ne plus pouvoir les louer. Il faudra cependant attendre le 1er janvier 20208, pour introduire une obligation pour tous les propriétaires d’une passoire thermique, d’avoir réalisé des travaux d’amélioration de la performance énergétique de leur logement, permettant d’atteindre au minimum la classe E. On le voit, la réglementation peut ainsi créer un véritable effet de levier pour massifier le nombre de rénovation.

 

Enfin, le maintien d’incitation financière forte pour les ménages les plus modestes est indispensable pour éradiquer de manière progressive la précarité énergétique. La Mise en place de la « Prime Rénov’ » répond à cet objectif en instaurant un système d’aide progressif en fonction du revenu des bénéficiaires. En parallèle, les certificats d’économies d’énergie, via le « coup de pouce économie d’énergie » notamment, reste toujours le dispositif d’incitation à la rénovation énergétique le plus important. Pour rappel, le « coup de pouce » a permis en 2019 de financer le changement de plus de 270 000 systèmes de chauffages et 750 000 isolations thermiques. Cette dynamique devrait s’accélérer au profit des ménages les plus modestes sur l’ensemble de l’année 2020.