La précarité énergétique ne diminue pas

Par Alexandre Fernandez

Une précarité énergétique qui ne recule pas.

La semaine dernière s’est déroulée la première journée nationale de la précarité énergétique, ainsi que le colloque de l’observatoire national chargé de ce sujet (ONPE) [1]. A cette occasion, le dernier baromètre du fléau que constitue la précarité énergétique a été présenté. Ses résultats, comme les échanges qui se sont déroulés lors du colloque, témoignent de l’absence de recul de la précarité énergétique et de l’inquiétude liée aux impacts de l’augmentation des prix de l’énergie sur l’évolution future de la situation.

Constat et perspectives d’un phénomène auquel il convient de mettre fin le plus rapidement possible.

Une précarité énergétique qui ne diminue pas et certains indicateurs qui se dégradent

5,6 millions de ménages seraient en situation de précarité énergétique selon l’un des indicateurs de l’ONPE. Parmi eux, on dénombre notamment 3,5 millions de ménages qui ont un taux d’effort énergétique[2] supérieur à 8% et dont les revenus sont compris dans les trois premiers déciles.

Certains chiffres sont même en augmentation comme la proportion de Français déclarant avoir souffert du froid pendant l’hiver[3]. Cette proportion a augmenté de 6 points lors de l’hiver 2020-2021 pour atteindre 20 % de la population.

Au niveau européen, selon Eurostat, 8% de la population de l’Union Européenne n’a pas eu les moyens de chauffer convenablement son logement en 2020. Cette proportion se situe à 6,5% en France[4].

Un volontarisme pour augmenter le nombre de rénovations énergétiques

Si en 10 ans la précarité énergétique est resté stable à cause de la hausse des prix de l’énergie, il n’en demeure pas moins que la qualité des logements en est également une des principales causes. En effet, il y 4,8 millions de passoires thermiques (logements classés F&G) occupées comme résidences principales soit 16,7% de ce parc. Ces passoires sont davantage occupées par les ménages le plus modestes puisqu’elles représentent 19,3% des logements occupés chez les 20% les plus modestes. Cette proportion atteint même 27,8% lorsque ces ménages sont locataires du parc privé. Or, la rénovation énergétique des logements est la seule solution viable de long-terme sur le parc existant.

Le problème est identifié depuis des années et des mesures ont récemment été encore prises à l’image du renforcement et de l’ouverture de MaPrimeRénov qui a permis de davantage concentrer le soutien sur ceux qui en ont le plus besoin contrairement au CITE. Plus récemment, les mesures adoptées dans le cadre de la loi Climat-Résilience (AccompagnateurRénov, Interdiction de location) et les récentes annonces sur le nouveau service public de l’habitat « France Rénov » ainsi que la création de « MaPrimeRénov’ Sérénité » devraient permettre de contribuer à la réduction de la précarité énergétique.

Des trous dans la raquette permettant de relever le défi de l’éradication de la précarité énergétique

Si le succès rencontré par MaPrimeRénov’ en 2021 est une bonne nouvelle pour les ménages les plus modestes, puisque 82% des montants des primes leur bénéficient, on ne peut pas en dire autant en ce qui concerne les certificats d’économies d’énergie (CEE). En effet, le premier dispositif d’aides à la rénovation énergétique résidentielle va connaître des changements qui risquent fortement d’impacter le soutien aux ménages en situation de précarité énergétique. En sus du recentrage déjà en vigueur de l’obligation de précarité énergétique sur les ménages très modestes, au détriment des ménages modestes, le 1er janvier prochain signifiera la fin de la multiplication par deux des primes CEE pour les très modestes. Cette suppression aurait pu être compensée par la fixation d’un prix élevé du CEE précarité sur le marché. Mais à quelques semaines du début de la 5ème période du dispositif,  la valeur du CEE précarité demeure basse. Cela qui signifie concrètement une diminution du soutien financier aux particuliers très modestes.

Par ailleurs, si les mesures de la loi Climat-Résilience constituent un réel signal pour réduire et mettre fin aux passoires thermiques à travers notamment l’interdiction complète de leur location en 2028, les mesures d’accompagnement des propriétaires-bailleurs ne semblent pas suffisantes. Si les rénovations ne sont pas réalisées d’ici les échéances fixées par la loi, les biens pourraient être retirés du marché locatif ce qui peut être très préjudiciable pour le logement des ménages les plus modestes en zone tendue. La réussite de cette mesure, notamment au regard du recul de la précarité énergétique, passera surement par des mesures incitatives et contraignantes complémentaires.



Malgré une prise de conscience du sujet et un volontarisme des pouvoirs publics, le phénomène de la précarité énergétique n’est toujours pas endigué. La rénovation énergétique pour améliorer la performance du parc de logements constitue également un immense défi social. Le combat doit continuer et s’intensifier !

[1] Observatoire national de la précarité énergétique – ADEME

[2] La part des dépenses d’énergie dans le revenu

[3] 15ème édition du baromètre énergie-info - Médiateur national de l'énergie

[4] https://ec.europa.eu/eurostat/en/web/products-eurostat-news/-/ddn-20211105-1

 

Alexandre Fernandez

Responsable des Affaires Publiques

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