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Comment expliquer la baisse du nombre de passoires thermiques ?

Publié le 28/11/2023 à 08h49

Sur 37 millions de logements, on comptait jusqu’à présent 7,1 millions de passoires thermiques. Ces logements – appartements ou maisons – mal isolés et étiquetés d’une classe énergétique F ou G seraient en réalité 6,6 millions en 2023, d’après une nouvelle étude du Ministère de la transition énergétique. Cette tendance souligne-t-elle une accélération du nombre de rénovations ? En l’état, les données soulèvent des interrogations.

Le déclin des passoires thermiques

Lundi 20 novembre, le Ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, s’est félicité de la sortie de près de 400 000 résidences principales du statut de passoires énergétiques entre 2022 et 2023.

En effet, selon les dernières données de l’Observatoire national de la rénovation énergétique (ONRE), le parc de logements français compterait 6,6 millions (6 569 000 exactement) de passoires thermiques en 2023. Ce chiffre recouvre l’ensemble des logements français, comprenant les résidences principales, secondaires et les logements vacants

 

Nombre de passoires thermiques Au 1er janvier 2022 (en milliers) Au 1er janvier 2023 (en milliers) Evolution (en %)
Résidences principales 5 129 4 751 - 7,37%
Résidences secondaires 1 174 1 087 - 7,41%
Logements vacants 798 731 - 8,4%
Total du parc de logements 7 101 6 569 - 7,49%

 


Ainsi, sur 12 mois glissants, le nombre de passoires thermiques a baissé d’environ 7,5% sur l’ensemble du parc résidentiel français. De manière étonnante, les logements vacants sont ceux qui ont connu la plus forte baisse (-8,4%) : près de 70 000 logements vacants ont ainsi quitté le statut de passoires thermiques sans ne pouvoir l’expliquer. 

Un phénomène aux causes incertaines

Si l’Observatoire national de la rénovation énergétique fournit des tendances chiffrées sur la performance énergétique des bâtiments, il est très difficile d’en déterminer les causes. Est-ce en raison d’une accélération du nombre de rénovation énergétique ? D’un renouvellement des diagnostics de performance énergétique ? Nous ne pouvons malheureusement pas le dire. En effet, l’étude présentée par le Ministère de la transition écologique est une photographie statistique du nombre de passoires thermiques à un moment donné. Elle ne fournit aucune explication sur les causes tendancielles de l’amélioration de la performance énergétique du parc de logement français. 

La réforme en cours de MaPrimeRénov’ permettra de réaliser des études statistiques plus approfondies. En effet, dès le 1er janvier 2024, pour bénéficier d’une aide publique, il sera nécessaire de connaître la classe énergétique du logement. Le Ministre de la transition écologique pourra ainsi connaître la performance énergétique de départ et d’arrivée d’un logement, que ce soit en geste simple ou en rénovation globale. Il s’agit là d’une avancée majeure pour l’analyse de la politique de rénovation énergétique

Une méthodologie en question

Sans explication des causes de l’étude, il demeure intéressant de s’intéresser à sa méthodologie. Premièrement, l’ONRE a utilisé la base DPE de l’ADEME pour réaliser son étude statistique. Depuis 2013, l’ADEME collecte l’ensemble des diagnostics de performance énergétique lors des mutations ou de la mise en location des biens immobiliers. Ainsi, jusqu’à maintenant, la réalisation d’un diagnostic de performance énergétique est totalement décorrélée de la réalisation de travaux de rénovation énergétique. 

Deuxièmement, la méthode d’estimation de la performance énergétique du parc de logement se fonde sur une extrapolation de la base des DPE. Ainsi, l’ONRE a pris en compte 915 000 DPE réalisés pour les logements existant, entre octobre 2022 et mars 2023, sur les 1,5 million de DPE compatibilisés par l’ADEME sur la même période. L’ONRE ne fournit pas de réponses précises sur la non-prise en compte de plus 650 000 DPE dans son analyse statistique. Elle précise simplement sur ce volume, 90 000 DPE sont liés à des appartements non visités et donc non pris en compte. Un biais qui interroge puisque ces logements sont toujours dans le parc et que leur performance énergétique n’a pas évoluée.

Troisièmement, l’ONRE couple les données de la base DPE de l’ADEME avec la base Fidéli de l’INSEE. Cette base de données est celle utilisée pour décrire le parc de logements, en regroupant les informations fiscales issues de la taxe d’habitation, de la taxe foncière et de l’impôt sur le revenu. Les dernières données utilisées par l’ONRE sont ainsi issues de la base Fidéli du 1er janvier 2021. 

Enfin, de nombreuses questions se posent toujours autour de la fiabilisation du diagnostic de performance énergétique. Effy le rappelait la semaine dernière, deux ans après le lancement de la réforme de fiabilisation du DPE, la filière et le Gouvernement n’ont toujours pas trouvé de terrain d’entente permettant d’éviter des résultats différents pour un même logement. Dans un contexte ou la fourniture d’un DPE classé A à E deviendra obligatoire à partir du 1er janvier 2024 pour bénéficier de MaPrimeRénov’ Décarbonation, il y a fort à parier que le nombre de passoires thermiques continue de baisser sur l’ensemble de l’année 2023… 

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